Les vieux cons
Le loup est parfois confronté à un cruel dilemme: avoir envers et contre tout le respect de l'ancien, ou être gérontophobe.
En effet, d'un côté le Loup adore les petites mamies qui gratifient ses enfants de sourires édentés et leur offrent parfois le spectacle fascinant de leur chevelure bleue ou mauve. Ou les petits pépés qui sont galants comme tout, s'effacent devant une dame, quel que soit son âge et disent encore "bonjour messieurs-dames" en arrivant dans la salle d'attente du médecin. Ce sont généralement ceux-là qui trouvent moyen de faire leurs courses le samedi après-midi en même temps que les gens qui bossent, mais même si c'est énervant, t'arrives à les pardonner, car beaucoup sont seuls et recherchent le contact humain, voire le bain de foule. En revanche, il déteste les vieilles harpies qui grillent des places dans les files d'attente à la caisse ou considèrent les employés des magasins comme leur larbins.
En de nombreuses occasions, le loup a été témoin de scandales provoqués par des petits papys et mamies a l'air inoffensif et s'avérant plus hargneux qu'un yorkshire dont on voudrait prendre la température. Quoi? Il n'y a pas plus de 4 guichets ouverts à la Poste un mardi matin? Alors qu'il y a un monde fou, (i.e. deux chômeurs, trois mamans avec poussette et le Loup, qui ne rentre dans aucune des catégories susnommées. Pour une ville de 16 000 habitants, ndlr.) ça sert à quoi qu'on paye des impôts? Dans ce cas précis, le Loup n'est pas absolument sûr qu'il y ait de rapport, mais apparemment ça valait le coup de pourrir la tête de la pauvre petite employée qui, si elle avait été un gros bonhomme bien carré n'aurait sans doute pas été affublée d'autant de noms d'oiseau.
Dans le même genre, il y a la vieille sorcière qui arrive en terrain conquis à la boulangerie et balance "une baguette!" Pas "bonjour", pas "s'il vous plaît", "merci" je t'en parle même pas, et finalement "au revoir" c'est bien secondaire tellement on est soulagé de la voir se casser, sa baguette sous le bras, après avoir toisé tous les autres humains présents comme s'ils étaient de la merde. Enfin je parle de la boulangerie, mais ce phénomène se décline tout aussi bien dans n'importe quel commerce. "Une baguette" peut tout à fait être "deux steaks de 97 grammes", ou "un paquet de suppos à la glycérine", "un tube de stéradant", que sais-je. Tout ce qui manque en réalité mais qui est palpable dans le ton, c'est "et que ça saute!" Le loup prend la peine d'enseigner à ses enfants un savoir-vivre irréprochable, le Loup a appris à descendre du trottoir pour laisser passer une personne âgée, lui tient la porte et ne perd pas une occasion de l'aider à traverser, à monter un escalier ou à porter ses courses. Mais le Loup a parfois de furieuses pulsions de foutre un méga coup de pied dans la canne de certains des échantillons décrits un peu plus haut, qui ô ironie, sont tellement prompts à te jeter leur "bonne éducation" à la figure et à critiquer les jeunes les jeunes et les jeunes, parce que leur époque, y'a que ça de vrai.
Un truc qui fait gerber le Loup, tu vois, c'est ce sacré culte qu'ils vouent à leur éducation à l'ancienne et qu'ils placent au-dessus de tout sans prendre la peine de réfléchir à leur comportement ordurier, et qui les a poussés, dans leur jeunesse, à être des obsédés, faute de pouvoir franchir certaines limites. On n'a pas le droit d'y toucher, mais alors qu'est-ce qu'on y pense, hein. Genre les invitations aux mariages ornées de petits noeuds blancs, qu'il fallait penser à enlever pour le déjeuner du lendemain, parce que, en principe, la mariée n'était plus vierge. Si c'est pas écoeurant, ça... Et le marié, au fait? C'est parce que c'était un acquis pour tout le monde qu'il avait fait ses classes ailleurs qu'il avait pas droit à son petit noeud (si j'ose dire) et à ses petits regards par en-dessous le lendemain? Le Loup grince des crocs.
Non, vraiment, le Loup aimerait vivre dans un monde où chacun, toutes générations confondues, se comporterait avec le souci de l'Autre, c'est sûr, et aussi où les pépés n'auraient ni casquettes, ni énormes bagnoles avec lesquelles envoyer les 205 des petits jeunes contre les platanes, faisant ainsi mentir les statistiques et grimper les primes d'assurances, où ils comprendraient d'eux-mêmes qu'on ne discute pas en troupeau AU MILIEU des rayons de supermarchés, et où ils ne se mêleraient que de nous donner des conseils, pas de critiquer systématiquement la façon dont on vit...
Par Le Loup, Jeudi 10 Janvier 2008 à 19:11 GMT+2 dans Ma rubrique (article, RSS)




